L’antisèche : Amour, drame et beauté

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LIGUE DES CHAMPIONS – Au terme d’un match de légende qui restera dans l’histoire de la Ligue des champions par sa dramaturgie et sa qualité de jeu, Tottenham est allé chercher sa qualification dans le dernier carré face à Manchester City (4-3). La qualité de cette manche retour n’a d’égale que la médiocrité de la première. Là où City a probablement perdu son ticket. Notre antisèche.

Le jeu : Football total

Merci messieurs ! Ce match laissera incontestablement une trace toute particulière dans l’histoire de la Ligue des champions. Par son scénario d’abord. Par sa qualité ensuite. Avec deux équipes qui n’ont même pas eu le temps de réfléchir, de se poser. Ce fut d’entrée du foot en folie, celui où le mot rationalité perd de son sens. Stars en feu, actions de classe et intensité maximale : tous les ingrédients d’un chef d’œuvre étaient au rendez-vous. Vingt-et-une minutes dingues et cinq buts inscrits dans cet intervalle de temps, un record.

Face à la possession imposée par City, les hommes de Pochettino ont répondu cohésion, courses à haute intensité et efficacité diabolique. Le chassé-croisé ne s’est finalement jamais arrêté. Et, au bout du bout, après avoir fait le siège de la défense des Spurs, City pensait avoir tué le match. Le VAR en a décidé autrement.

Les joueurs : Le naufrage Laporte, le régal de Bruyne, la générosité de Son

Par où commencer ? Peut-être par les joueurs les plus en difficulté face à l’intensité folle de ce match. Directement coupable sur les deux premiers buts de Tottenham, Aymeric Laporte a choisi le pire moment pour sombrer. Pourtant, côté Citizen, certains étaient en état de grâce. Le premier d’entre eux ? Kevin de Bruyne absolument éblouissant, à l’image de son triplé de passes décisives, et auteur de différences systématiques. Raheem Sterling, auteur d’un doublé, et Sergio Agüero, buteur mais également dans tous les bons coups, ont joué aussi un rôle à part dans cette rencontre.

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Chez les Spurs, Heung-Min Son, en l’absence d’Harry Kane, a encore ébloui son monde, avec son doublé d’un sang-froid ahurissant mais aussi sa générosité XXL lorsque les siens tiraient la langue. Christian Eriksen a encore été ultra-précieux par sa qualité d’orientation tandis qu’Hugo Lloris, malgré le score, a sauvé de nombreuses situations. Enfin, même s’il n’était pas sur le terrain, mention spéciale à Mauricio Pochettino, auteur d’un coaching osé (et gagnant) en remplaçant à 3-2 Moussa Sissoko, milieu de terrain blessé, par Fernando Llorente, attaquant auteur du but de la qualification.

Fernando Llorente et Mauricio Pochettino

Fernando Llorente et Mauricio PochettinoGetty Images

La stat : 0

Comme le nombre de fois où Pep Guardiola a côtoyé le dernier carré de C1 avec Manchester City. Un stade qu’il avait pourtant systématiquement atteint depuis le début de sa carrière (4 fois avec Barcelone, 3 fois avec le Bayern). En trois ans à City, le Catalan a systématiquement chuté avant les demi-finales : en 2017, face à Monaco, à l’issue d’un duel fou ; en 2018, face à Liverpool, dans un duel dingue. Et en 2019, face à Tottenham, dans un duel épique. Si vous cherchez le spectacle en C1, vous savez qui regarder.

Le facteur X : La VAR a climatisé l’Etihad

On commence à le connaître, certes. Mais, ce mercredi, c’était différent. Car le VAR a ajouté une dramaturgie à un match qui n’en manquait déjà pas. Dans les arrêts de jeu, Sergio Agüero a tout bien fait pour décaler Raheem Sterling face au but. D’une feinte délicieuse, l’Anglais trompait Lloris et s’offrait le triplé pour envoyer les Skyblues au paradis. Et puis… Le VAR a fait son entrée en jeu pour climatiser l’Etihad. Estimant qu’Agüero était hors-jeu sur la remise d’Eriksen, déviée par Bernardo Silva, Cüneyt Çakir a donc pris la décision d’annuler le but. Et de faire vivre aux Citizens le plus gros ascenseur émotionnel de leur carrière.

La VAR annule le but de Sterling lors de City-Tottenham

La VAR annule le but de Sterling lors de City-TottenhamGetty Images

Le tweet qui résume le mieux ce match

Manchester City@ManCity

La décla : Pep Guardiola

 » Je soutiens le VAR. Je suis pour un football juste, pour des décisions justes. S’il (Agüero) est hors jeu, il est hors jeu. D’un côté, le but de Llorente, c’est du handball. De celui de l’arbitre, non. »

La question : Pep Guardiola peut-il s’en vouloir ?

Avant le match, Pep Guardiola avait presque dessiné les contours d’une rencontre de légende. Après avoir rappelé certains épisodes fous de sa carrière, comme le but d’Iniesta à Stamford Bridge, le coach des Citizens avaient pris exemple sur l’écroulement des Warriors après avoir mené de 31 points en NBA. Une manière de dire que tout était possible dans le sport. Il ne croyait pas si bien dire.

Ce mercredi, impossible de lui jeter la pierre. À l’image de ses échecs récents en C1, c’est aussi grâce à lui et son idée du football que ce monument de football est né. Le but de Sterling validé aurait même pu l’inscrire encore un peu plus dans le marbre de la compétition européenne reine. Mais, sans rien renier les qualités évidentes de Tottenham, qui mérite ô combien sa place dans le dernier carré, il reste un goût amer quant à cette équipe de City.

Car elle n’a finalement joué qu’une manche sur les deux. Elle fut somptueuse certes. Mais insuffisante. Parce que la première avait été bâclée. Au vu de la supériorité de Kevin de Bruyne ce mercredi ou des différences faites match après match par Leroy Sané, difficile de considérer que Guardiola a fait les bons choix à l’aller avec une équipe bancale et surtout très loin de l’intensité aperçue à l’Etihad. C’est finalement sur un coup du destin que Guardiola a tout perdu. Sur un coup de dés. C’est beau, c’est cruel. C’est le sport.

Sergio Aguero

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