Football français: l’intégration se limite-t-elle au terrain?

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mediaComme le reste de la société, le football est aussi touché par le problème du racisme.DAMIEN MEYER / AFP

Après Dieu Football Club, Nicolas Vilas s’est intéressé à l’exclusion sur et à l’extérieur des terrains français dans son dernier livre Enquête sur le racisme dans le football. Le journaliste pointe notamment la question de la représentativité des joueurs immigrés ou issus de l’immigration dans les instances du foot français. Depuis la victoire de la génération « Black-Blanc-Beur » en 1998, le manque de diversité aux postes clés des instances fédérales et dans les clubs est toujours d’actualité en France.

Le football français est-il réellement un facteur d’intégration ? Ou reflète-t-il la société actuelle qui a vu une nouvelle fois l’extrême droite au second tour de la dernière élection présidentielle en France ?

Le journaliste Nicolas Vilas pose la question du racisme dans le football. Il donne la parole à de nombreux acteurs et dresse un état des lieux. De cette équipe de France 1998, championne du monde au Stade de France, qualifiée de « Black-Blanc-Beur », à celle de 2018 en Russie, qu’est-ce qui a vraiment changé en termes d’intégration en vingt ans ?

« Plus on monte dans la hiérarchie, moins la diversité est présente »

A priori pas grand-chose. Pourtant, à l’époque du Mondial 98, le président de la République Jacques Chirac lançait : « Pendant tout un mois, l’indifférence, l’individualisme et la solitude ont laissé du terrain. A leur place il y a eu échanges, chaleur, communion spontanée, par-delà les frontières et les barrières, autour d’une ambition partagée. C’est la principale leçon de la Coupe du monde. Une leçon de cœur, de courage et de fraternité mêlés. Une France qui gagne ensemble. Au-delà de la nostalgie des lendemains de fête, je crois et j’espère que nous allons garder au cœur cet élan et cette fraternité. » A l’image du chef de l’Etat, beaucoup de politiques se découvrent alors une passion pour le Onze de France. Une passion de façade ?

Profondément marqué par la victoire des Bleus en 1998, Nicolas Vilas s’est toujours étonné de cette récupération politique. Pourtant, dans l’Hexagone, si des joueurs étrangers ou de parents immigrés foulent en nombre les terrains, ce n’est plus vraiment le cas quand il s’agit de prendre des responsabilités dans le foot français. Pourquoi si peu de représentants aux postes clefs ? « C’est comme s’il y a avait un plafond de verre, avance Nicolas Vilas. Plus on monte dans la hiérarchie, moins la diversité est présente. Mais ces problèmes existent aussi dans la société. On a souvent tendance à dire que le foot est un ascenseur social, ce qui est vrai pour les joueurs. Mais l’ascenseur tombe en panne quand il s’agit de diriger. »

Enquête sur le racisme dans le football, aux éditions Marabout.Marabout

Des places de dirigeants, d’entraîneurs, accessibles aux « minorités »

Ancien joueur de Ligue 1, Rabah Madjer, lui, estime que le fait d’être algérien l’a bloqué. Passé par Clairefontaine pour obtenir ses diplômes d’entraîneur, il avait dû signer une clause qui l’empêchait de venir faire son métier en France. « Alors que nous, en Afrique, on est ouverts à tous », commente l’intéressé. Faut-il rendre les places de dirigeants, d’entraîneurs, plus accessibles aux « minorités » ? Saïd Chabane, président du club d’Angers, ou Sabri Lamouchi, entraîneur franco-tunisien de Rennes, sont pour le moment des cas à part dans le football français. En 2005, Pape Diouf devient le premier président d’origine africaine dans un club de l’élite français (Olympique de Marseille).

Les histoires et exemples qui ont suivi l’obtention de cette première étoile française en 98 montrent que le travail pour éradiquer l’intolérance reste d’actualité. Karim Benzema et Samir Nasri, d’origine maghrébine, n’ont pas pris part au Mondial 2010 en Afrique du Sud. « Et pourtant, quand je demande autour de moi le nom des joueurs qui étaient les protagonistes de l’affaire Knysna [grève des Bleus, ndlr],ces deux noms sont souvent évoqués. Ils sont qu’on le veuille ou pas, victimes d’un délit de « sale gueule » », avance Nicolas Vilas.

De l’affaire Jean Tigana, trop noir pour prendre le poste de sélectionneur de l’équipe de France, à celle des quotas de joueurs issus de l’immigration, Nicolas Vilas pose entre autres et sans dogmatisme la question du racisme dans le monde du football.

Par RFI

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