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Football – Argentine : Messi, l’arbre qui cache la forêt

L’Albiceleste a obtenu sa qualification in extremis grâce au talent de son maestro. L’événement masque difficilement les maux profonds du football argentin

L’Argentine respire : son équipe nationale sera bien du prochain Mondial en Russie. Un voyage qui a un temps paru compromis, tant la sélection traverse une zone de turbulences depuis plusieurs années. Instances, dirigeants, joueurs… rares sont ceux qui auraient pu être dédouanés si l’un des meilleurs joueurs de l’histoire n’avait pu tenter sa chance de décrocher le grand titre international qui lui manque. Mais comme Lionel Messi n’est pas un joueur comme un autre, il a pris les choses en main.

Dans la moiteur de Quito et ses 2 850 mètres d’altitude, il a d’abord, comme les autres, été le spectateur d’un scénario catastrophe. Le but équatorien inscrit après moins d’une minute de jeu laissait augurer du pire. La « Pulga » s’est alors muée en sauveur de la patrie pour inscrire un triplé retentissant et propulser son pays en phase finale de Coupe du monde… comme le fit un certain Cristiano Ronaldo un soir de novembre 2013 lors d’un barrage face à la Suède de Zlatan Ibrahimovic.

J’ai sérieusement pensé à laisser tomber, mais j’aime trop mon pays et ce maillot.

L’image est d’autant plus symbolique que l’histoire entre Messi et sa sélection n’a pas toujours été idyllique, loin de là. Longtemps, le Barcelonais fut accablé de nombreux reproches. Celui d’être plus espagnol qu’argentin. Celui de n’avoir jamais évolué dans le championnat national. Celui de n’avoir longtemps pas su se comporter comme le guide de la sélection qu’il n’aspirait pas forcément à être. Depuis la défaite en finale du Mondial 2014 face à l’Allemagne (0-1, a.p), le feuilleton a pris une dimension supplémentaire. Les deux défaites en finale de Copa América face au Chili, en 2015, puis en 2016, ont attisé la frustration du peuple argentin. Tant et si bien que Messi a fini par claquer la porte après une troisième finale perdue en trois ans. « C’est dur, et c’est difficile de faire une analyse. Mais dans le vestiaire, j’ai pris la décision d’arrêter la sélection. Ce n’est pas pour moi, c’est pour le bien de tous », avait-il alors annoncé.

Alors qu’elle se mobilisait pour le retour de son héros, l’opinion publique argentine a enfin pris conscience du vide que laisserait le départ de Messi. Un mois et demi plus tard, le quintuple Ballon d’or est revenu sur sa décision. « Je vois qu’il y a beaucoup de problèmes dans le football argentin et je ne veux pas en créer un autre. J’ai sérieusement pensé à laisser tomber, mais j’aime trop mon pays et ce maillot. »

Crise

Le foot argentin souffre en effet depuis plusieurs années d’une crise institutionnelle si forte qu’elle a fini par se répercuter jusqu’au terrain. Julio Grondona, président contesté de la fédération (AFA) de 1979 à sa mort en 2017, en est un personnage central. Les querelles internes concernant sa succession ont commencé bien avant son décès, tant et si bien que l’AFA fut placée sous tutelle de la Fifa dès juin 2016 en raison de cette crise de gouvernance et de finances. Une annonce faite trois jours avant la 2e finale perdue face au Chili.

Les courants opposés au sein de l’AFA n’ont jamais permis aux sélectionneurs en place de travailler dans de bonnes conditions. Sur l’ensemble du championnat qualificatif de la zone sud-américaine, soit deux ans, trois hommes se sont succédé sur le banc : Tata Martino, Edgardo Bauza et dernièrement Jorge Sampaoli, double vainqueur de la Copa America avec le Chili… face à l’Argentine. Sans qu’aucun n’imprime une empreinte visible ni même ne parvienne à créer un semblant d’émulation au sein du groupe.

Où va Sampaoli ?

Arraché au FC Séville, le charismatique Sampaoli a pourtant débarqué en juin dernier auréolé d’un certain crédit. Un crédit renforcé par son statut récemment acquis de « bourreau de la sélection », par son allégeance déclarée aux préceptes de Marcelo Bielsa, et sa capacité à avoir mené le Chili à ses premiers titres internationaux. Pourtant, après quelques mois, la griffe n’est pas visible, pire, c’est une impression de grand désordre qui ressort des dernières prestations argentines. En 6 matches, il a utilisé pas moins de 33 joueurs différents, certains à contre-emploi. Malgré ses stars en pagaille (Messi, Higuain, Icardi, Dybala, Agüero…), l’Albiceleste a terminé le championnat avec l’avant-dernière attaque de la zone AmSud (19 buts en 18 matches), à égalité avec le Paraguay et le Venezuela, et ne devançant que la modeste Bolivie.

Constamment coupée en deux, l’équipe évolue dans un dispositif en « 5-5 » lisible face auquel le collectif adversaire est rarement pris en défaut. Il n’y a guère que les initiatives individuelles de Messi pour faire la différence, le Barcelonais pesant 7 buts, soit 37 % du total de l’équipe. Cela a suffi pour se qualifier par la petite porte et éviter de rater le rendez-vous du Mondial pour la première fois depuis 1970, mais masque de plus en plus difficilement les carences actuelles du foot argentin.

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