Chronique du vendredi : Le mal de la déliquescence des valeurs

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Revirement, reniement, transhumance, wax waxeet…, la liste est longue et loin d’être exhaustive. Couché sur le divan d’un psychanalyste qui se chargera d’examiner son psychisme,  le résultat qui sortirait de cet entretien  ne sera guère reluisant. Le Sénégal est malade. Oui, un grand malade. Il souffre de la déliquescence de ses vertus cardinales et ancestrales qui ont tant fait sa fierté. Depuis un certain mois de mars 2000, après un jeu de yo-yo politique, feu Djibo Leyti Ka avait ouvert le bal. Son revirement spectaculaire en appelant à soutenir Abdou Diouf qu’il avait appelé deux jours plus tard à quitter le pouvoir, avait donné le-là à ce que Idrissa Seck avait qualifié de «symbole de tortuosité, un exemple à ne pas offrir aux jeunes sénégalais». Malheureusement le ver était déjà dans le fruit. Lui-même, sept années plus tard,  goûtera à ce fameux plat du revirement. On jouait alors le film sur les fameuses audiences de midi au palais.

Comme pour enfoncer le clou, Abdoulaye Wade nous en offrit un des plus spectaculaires avec son fameux «ma waxoon, waxeet» en 2011 (Ndlr : je l’avais dit, je me dédis). Son successeur, Macky Sall, ne fera pas mieux et lui, à plusieurs reprises. D’abord avec la réduction de son mandat, ensuite avec la nomination de son frère à la Caisse de dépôt et de consignation (Ndlr : CDC), alors que rien ni personne ne l’obligeait à le dire. Enfin, avec sa volonté de ne protéger personne qui s’effritera lorsqu’il a commencé à mettre le coude sur certains dossiers. On passe sur la réduction du coût du péage qu’il avait annoncée à grande pompe, sans aucun effet..

Que vaut alors la parole d’un dirigeant politique dans ce pays ?  En tout cas, plus grand-chose. C’est même acté dans l’imagerie populaire, « waxu politicien jarul door sa doom» (Ndlr : il ne faut jamais punir son enfant sur la base de la simple parole d’un politicien). Grave !

Dans nos sociétés traditionnelles, nos parents n’écrivaient pas, ne signaient pas et tout était respecté scrupuleusement. Il suffisait juste de donner sa parole. Un acte matérialisé par une poignée de mains pour que l’affaire soit considérée comme une règle, une norme à ne jamais transgresser, au risque du déshonneur. «Gorr ca wax ja», «kaddu da gnu koy samm», tout cela pour appeler au respect de la parole donnée.

Hélas, le poisson pourrit toujours par la tête. Et le Sénégal souffre de l’attitude de ses dirigeants.

Par  A.KANE 

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