Beauté – Dépigmentation La dépigmentation artificielle, une tueuse à petit feu

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Media7.info. Au marché de Grand Yoff de Dakar, l’on a trouvé Mamie Bâ, une jeune femme qui respire la forme au milieu de sa boutique. Trèsélégante dans sa robe noire, son sourire semble cacher une timidité.Interpellée sur le produit qu’elle utilise pour avoir un teint si éclatant,elle hésite à se prononcer. Mise en confiance, elle finira par expliquer. « Je me dépigmente pour avoir un teint éclatant et être admirée mais comme vous pouvez le constater je suis par nature claire ». Pour bon nombre de femmes, la pratique est devenue un moyen de séduction. Certains hommes sont fiers rien qu’en voyant leurs femmes avoir un teint caramélisé.

Anta Diop, un bébé sur le dos, est aussi vendeuse dans ce marché raconte son addiction pour la dépigmentation. Selon elle certains hommes préfèrent les femmes très claires et son mari fait partie de cette catégorie. « Pour séduire mon mari et éviter qu’il aille voir ailleurs, je fais du xessal ».

La mode joue auss un rôle très important dans cette pratique. Certaines femmes se sont dépigmentées par suivisme. C‘est le cas de Adja Thioune, la cinquantaine qui a commencé la dépigmentation artificielle il y a 30 ans. Des cicatrices sont visibles partout sur sa peau, la dame à du mal à cacher son mal être. « J’ai arrêté la pratique » a t’elle dit néanmoins elle  porte aujourd’hui, les stigmates de son addiction.

Dans des boutiques les produits de la dépigmentation sont accessibles à toutes les bourses. Les prix varient entre 500 et 20.000 francs CFA. Selon le boutiquier « chaque femme essaie de trouver le produit le mieux adapté à  sa peau ». D’autres femmes plus nanties se rendent dans les officines pour trouver le produit qui correspond le plus à leur teint.Les produits pharmaceutiques prescrits aux patientes qui présentent des affections de peau peuvent changer leur teint a fait savoir Yaye Fatou Bâ pharmacienne.

Un autre phénomène qui accentue la pratique est la publicité des produits dépigmentant. L’on voit très souvent des  affiches  qui  se plastronnent aux carrefours des grandes artères de la capitale. L’on se souvient également des concepts Nul Kuuk (très noir) et xess pecc (très clair) qui ont fait à l’époque le tour des radios, télévisions et affiches.

Mariama Baldé, une femme d’affaires ayant subit les mauvais effets de la dépigmentation suite à un mauvais choix du produit confie qu’il  est difficile pour certaines filles d’arrêter car elles  ont atteint un point de non retour. Les conséquences liées à ce phénomène sont multiples. Il s’agit entre autres de l’apparition des acnés, des infections de la peau.

Pour  le Docteur Fatimata Ly, dermatologue, trouvée dans son  cabinet, au moins une femme sur 2 qui consulte a des complications liées à la dépigmentation. Ce qui impacte sur la qualité de vie : « Nous recevons de nombreux cas qui présentent des séquelles toute leur vie durant car ces dernières se font consulter au dernier moment après de longues années à se dépigmenter a affirmé la dermatologue.

Face à un tel fléau l’Etat est interpellé. « La vente de ces produits doit être interdite dans le marché sénégalais selon la dermatologue. Certains  hommes n’apprécient pas cette mue artificielle. Changer la couleur de sa peau relève d’un complexe d’infériorité a constaté Mamadou Guèye, commerçant. Une thèse qui est confirmé par Marie Jeanne, une jeune femme restauratrice .Très jolie dans son style wax, elle conseille aux femmes de garder leur teint « Rien n’est plus beau que d’avoir et de garder une peau naturelle » a-t-elle conseillé.

La dépigmentation artificielle appelée Xessal en langue wolof  consiste à utiliser des produits qui suppriment la mélanine, ce pigment majeur responsable de la couleur de la peau. Cette façond’éclaircir la peau est pratiquée par toutes les catégories sociales de la gente féminine au Sénégal avec son lot de victimes.

Reportage de  Aïssatou Faye

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